{"id":1012,"date":"2020-11-05T15:39:10","date_gmt":"2020-11-05T15:39:10","guid":{"rendered":"https:\/\/didierjoris.com\/?p=1012"},"modified":"2020-11-05T15:39:10","modified_gmt":"2020-11-05T15:39:10","slug":"le-talon-dachille-ou-le-mythe-revisite-a-troyes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/didierjoris.com\/?p=1012","title":{"rendered":"Le talon d&rsquo;Achille&#8230; ou le mythe revisit\u00e9 \u00e0 Troyes"},"content":{"rendered":"\n<p><em><strong><em><strong>Nouvelle qui eut d\u00fb \u00eatre <\/strong><\/em><\/strong><\/em><strong><em><em>pr\u00e9sent\u00e9<\/em><\/em>e <\/strong><em><strong>au Mus\u00e9e Curtius le 19 novembre 2020 dans le cadre des Ap\u00e9ros Litt\u00e9raires et de la parution d&rsquo;un nouveau num\u00e9ro de la revue Moments<\/strong><\/em> <em><strong>mais qui, au vu des circonstances sanitaires, &#8230;<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la naissance d&rsquo;un enfant, certains parents ont l&rsquo;art d&rsquo;attribuer \u00e0 leur prog\u00e9niture un pr\u00e9nom qui, de prime abord, ne devrait en rien affecter leur destin mais qui cependant jouera inconsciemment un r\u00f4le sur le cours de leur existence. L&rsquo;inconscient collectif est ainsi fait qu&rsquo;il nous faut admettre que des forces obscures ont plaisir \u00e0 se r\u00e9incarner et \u00e0 renforcer la pr\u00e9destination de certaines et certains vers des hasards malchanceux. La vie ne m&rsquo;a gu\u00e8re g\u00e2t\u00e9 puisque je fus le fruit d&rsquo;une de ces fatalit\u00e9s pourtant pr\u00e9visibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon histoire commence sur les bancs de l&rsquo;universit\u00e9, \u00e0 la facult\u00e9 d&rsquo;histoire, l\u00e0 o\u00f9 mes parents se sont connus. Ils suivaient le m\u00eame cursus et \u00e9taient tous deux passionn\u00e9s par la mythologie.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous dispenserai des mots doux qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9changeaient pour attester de leur attachement r\u00e9ciproque&nbsp;: mon Cupidon, mon Adonis, mon viril Apollon&nbsp;; ma V\u00e9nus, mon Ariane, mon H\u00e9l\u00e8ne ador\u00e9e. S&rsquo;ils avaient eu conscience du fonctionnement profond de leur psych\u00e9, ils auraient \u00e9t\u00e9 moins prolixes et s&rsquo;en seraient tenus \u00e0 Pygmalion et Galat\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon p\u00e8re avait en effet toujours eu un ascendant certain sur ma m\u00e8re, comme si, \u00e0 l&rsquo;instar du dieu grec, il l&rsquo;avait lui-m\u00eame fa\u00e7onn\u00e9e d&rsquo;un morceau d\u2019ivoire. Sous sa coupe autoritaire, elle se soumettait \u00e0 ses d\u00e9sirs et lui offrait l&rsquo;amour pur et intense dont Aphrodite lui avait fait gr\u00e2ce. M\u00eame s&rsquo;il avait plaisir \u00e0 l&rsquo;infantiliser, il n&rsquo;en demeurait pas moins que mon vieux lui vouait une forme de v\u00e9n\u00e9ration \u00e0 laquelle \u00c9ros n&rsquo;\u00e9tait vraisemblablement pas \u00e9tranger. Les courbes harmonieuses et le large bassin de ma m\u00e8re allaient aiguiser l&rsquo;app\u00e9tit charnel de mon tyrannique historien paternel et alimenter notre vall\u00e9e de larmes de deux nouveaux h\u00e9ros en devenir, des jumeaux, mon fr\u00e8re et moi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils ne nous choisirent pas pour pr\u00e9noms Paphos et Matharm\u00e9, ce qui aurait relev\u00e9 de la plus stricte coh\u00e9rence. Ne pouvant toutefois \u00e9chapper \u00e0 leur monde int\u00e9rieur, ils opt\u00e8rent de commun accord pour Hector et Achille.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques mois apr\u00e8s notre naissance, ils quitt\u00e8rent Paris pour Troyes o\u00f9 mon p\u00e8re avait obtenu une chaire au Campus universitaire des Comtes de Champagne. Notre enfance au c\u0153ur de la r\u00e9gion du Grand Est fut baign\u00e9e d&rsquo;une forme d\u2019insouciance m\u00eame si Hector et moi-m\u00eame avions d\u00e9j\u00e0 le sentiment d&rsquo;\u00eatre diff\u00e9rents. Une certaine rivalit\u00e9 nous habitait qui prit sa pleine mesure d\u00e8s l&rsquo;adolescence. Je dois dire que j&rsquo;\u00e9tais assez admiratif vis-\u00e0-vis de ce fr\u00e8re extraverti \u00e0 qui tout r\u00e9ussissait tandis que, repli\u00e9 sur moi-m\u00eame et complex\u00e9, je souffrais d&rsquo;une tare qui m&rsquo;obs\u00e9dait et m&#8217;emp\u00eachait de prendre pleinement ma place dans ce monde. La nature m&rsquo;avait en effet pourvu d&rsquo;un pied gauche chaussant du 37 tandis que mon pied droit chaussait du 44. Inutile de vous faire part des quolibets de mes condisciples et du d\u00e9sappointement de mes parents qui se voyaient oblig\u00e9s d&rsquo;acheter deux paires de chaussures afin que je puisse me mouvoir normalement en ce monde. Selon la facult\u00e9, une malformation du talon \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;origine de mon infirmit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme je vous l&rsquo;ai dit, mon p\u00e8re \u00e9tait de nature autoritaire et sa personnalit\u00e9 avait toujours \u00e9t\u00e9 construite sur un seul crit\u00e8re : \u00ab Sois parfait&nbsp;\u00bb. La vue d&rsquo;un fils qui manquait de stabilit\u00e9 ne pouvait \u00e9veiller en lui que d\u00e9pit mais aussi r\u00e9pugnance. Au d\u00e9c\u00e8s de son \u00e9pouse, il r\u00e9digea un nouveau testament dans lequel il souhaitait que la propri\u00e9t\u00e9 familiale revienne \u00e0 mon fr\u00e8re Hector. J&rsquo;en fus bien pein\u00e9 car ce vieux manoir troyen entour\u00e9 de remparts avait depuis toujours constitu\u00e9 mon seul univers, mon seul havre de paix.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai tout tent\u00e9 pour inverser le cours du destin. J&rsquo;ai engag\u00e9 les meilleurs avocats mais rien n&rsquo;y fit. Alors que les derniers recours juridiques m&rsquo;avaient conduit \u00e0 l&rsquo;impasse, ma force de caract\u00e8re ne pouvait plus qu&rsquo;affronter l&rsquo;\u00e9vidence. Mon monde s&rsquo;\u00e9croulait.<\/p>\n\n\n\n<p>Moi au mental si fort, moi au corps si puissant, je courbais l&rsquo;\u00e9chine. J&rsquo;ai alors d\u00e9cid\u00e9 de mener une exp\u00e9dition punitive contre Hector et les siens. Je vous passe les d\u00e9tails de mes tentatives avort\u00e9es qui virent d&rsquo;ailleurs l&rsquo;un de mes amis passer de vie \u00e0 tr\u00e9pas. Je vous fais gr\u00e2ce \u00e9galement des d\u00e9tails de la fa\u00e7on dont je m&rsquo;introduisis par ruse dans la propri\u00e9t\u00e9, cach\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une estafette postale qui avait \u00e9t\u00e9 vol\u00e9e par l&rsquo;un de mes complices.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque mon fr\u00e8re crut r\u00e9ceptionner un colis, il d\u00e9couvrit avec effroi, au travers de l\u2019\u00e9pais brouillard qui ce jour-l\u00e0 s\u00e9vissait, mes deux pieds difformes. Il tenta alors de s\u2019enfuir. Empli de col\u00e8re, je dois avouer que j\u2018ai continu\u00e9, dans le feu de l&rsquo;action, \u00e0 prendre quelques libert\u00e9s dans l\u2019adaptation de cette trag\u00e9die historique. J\u2019ai balanc\u00e9 \u00e0 mon inf\u00e2me frangin un bon coup de pied au derri\u00e8re, un coup de mon pied droit, celui qui chausse du 44, avant de lui loger trois balles de 7.65 dans la tronche. J\u2019\u00e9tais soulag\u00e9, comme lib\u00e9r\u00e9 d\u2019un poids immense qui m\u2019habitait depuis la nuit des temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque le juge m&rsquo;interrogea sur mes motivations profondes, je ne pus que lui r\u00e9pondre que nul ne peut \u00e9chapper au destin des dieux.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nouvelle qui eut d\u00fb \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e au Mus\u00e9e Curtius le 19 novembre 2020 dans le cadre des Ap\u00e9ros Litt\u00e9raires et de la parution d&rsquo;un nouveau num\u00e9ro de la revue Moments mais qui, au vu des circonstances sanitaires, &#8230; \u00c0 la naissance d&rsquo;un enfant, certains parents ont l&rsquo;art d&rsquo;attribuer \u00e0 leur prog\u00e9niture un pr\u00e9nom qui, de &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/didierjoris.com\/?p=1012\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Le talon d&rsquo;Achille&#8230; ou le mythe revisit\u00e9 \u00e0 Troyes&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1012","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1012","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1012"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1012\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1013,"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1012\/revisions\/1013"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1012"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1012"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1012"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}