{"id":1130,"date":"2022-02-24T15:24:45","date_gmt":"2022-02-24T15:24:45","guid":{"rendered":"https:\/\/didierjoris.com\/?p=1130"},"modified":"2022-02-24T20:37:58","modified_gmt":"2022-02-24T20:37:58","slug":"la-joie-de-lattente","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/didierjoris.com\/?p=1130","title":{"rendered":"La joie de l\u2019attente"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:18px\"><em><strong>Nouvelle qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e au Mus\u00e9e du Grand Curtius, le 24 f\u00e9vrier 2022 dans le cadre de la parution d&rsquo;un nouveau num\u00e9ro de la revue Moment avec pour th\u00e8me  impos\u00e9 : \u00a0\u00bb O tempora, O mores\u00a0\u00bb<\/strong><\/em><strong><em> ; \u00ab\u00a0Quelle \u00e9poque, quelles m\u0153urs\u2009!\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aux yeux de mes proches, je passe pour un rabat-joie, un vieux con obtus et nostalgique accroch\u00e9 \u00e0 un pass\u00e9 r\u00e9volu.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un fait. Pour moi, c\u2019\u00e9tait mieux avant. La raison en est toute simple. Le temps s\u2019est comprim\u00e9. Aujourd\u2019hui, tout doit se faire dans l\u2019instant. Tout d\u00e9sir se doit d\u2019\u00eatre assouvi dans l\u2019imm\u00e9diat. Hic et Nunc est d\u00e9sormais le pr\u00e9cepte qui r\u00e9git notre existence.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons ainsi oubli\u00e9 la joie profonde de l\u2019attente.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais par l\u2019exemple vous en faire la d\u00e9monstration au travers d\u2019un des piliers qui gouvernent notre vall\u00e9e de larmes, \u00e0 savoir le sexe.<\/p>\n\n\n\n<p>Par le pass\u00e9, la recherche des plaisirs libidineux exigeait patience et pers\u00e9v\u00e9rance.<\/p>\n\n\n\n<p>Les formes charmantes se laissaient d\u00e9sirer, enferm\u00e9es dans des magazines de papier cach\u00e9s bien en hauteur, dans le recoin sombre des librairies de quartier. Pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019opprobre de ses semblables, il \u00e9tait pr\u00e9f\u00e9rable d\u2019en choisir une loin de chez soi. Il fallait ensuite veiller \u00e0 la vacuit\u00e9 des lieux avant de s\u2019y engouffrer rapidement pour saisir un ou plusieurs de ces illustr\u00e9s coquins que l\u2019on enfouissait sous le manteau ou, lorsqu\u2019il faisait chaud, que l\u2019on glissait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un journal\u2026 un journal parfois catholique. Et puis, de retour dans ses p\u00e9nates, il restait \u00e0 dissimuler ces pr\u00e9cieux tr\u00e9sors dans les endroits les plus improbables afin de ne pas \u00eatre d\u00e9masqu\u00e9 et passer pour un sale licencieux, un obs\u00e9d\u00e9, un \u00e9rotomane en urgence de soin.<\/p>\n\n\n\n<p>Il en allait de m\u00eame pour les lieux de strip-tease ou les cin\u00e9mas d\u00e9dicac\u00e9s \u00e0 la chose. La vue d\u2019une venelle vide encourageait le franchissement d\u2019une fronti\u00e8re. \u00c0 l\u2019ivresse des formes s\u2019ajoutait alors celle du d\u00e9passement de l\u2019interdit, de la victoire gagn\u00e9e sur la bien-pensance.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne parlons pas du courage n\u00e9cessaire pour, par tous les temps, battre le pav\u00e9 en scrutant \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e les vitrines aux n\u00e9ons color\u00e9s. Soulignons l\u2019excitation n\u00e9e des regards en coin, l\u2019exaltation \u00e0 jeter son d\u00e9volu sur une de ces dames dites de petite vertu qui allait nous enchanter et nous faire oublier la fadeur du quotidien. Souvent, l\u2019une d\u2019elles devenait notre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e et nous lui restions fid\u00e8les. La fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 une catin, une valeur qui de nos jours malheureusement se perd.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si certains avaient une tendance \u00e0 l\u2019exhibition et une app\u00e9tence pour les parties fines, un sens de la retenue les emp\u00eachait de filmer leurs \u00e9bats et de les diffuser \u00e0 tout va comme c\u2019est le cas \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 travers la toile. Contrairement \u00e0 ces temps de d\u00e9bauche qui sont d\u00e9sormais n\u00f4tres, le libertinage \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme un art discret avec des r\u00e8gles de biens\u00e9ance et des codes d\u2019honneur.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, ces valeurs fondatrices ont disparu. L\u2019\u00e9poque est \u00e0 l\u2019industriel, \u00e0 la mondialisation, au clic compulsif, aux images fades et souvent vulgaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Pauvre g\u00e9n\u00e9ration en perte de rep\u00e8res, en d\u00e9calage avec la r\u00e9alit\u00e9 vraie, celle de la chair certes tarif\u00e9e, mais vivante et opulente.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis l\u2019av\u00e8nement de l\u2019Internet, le principe est au gratuit. Le libidineux s\u2019ab\u00eeme les yeux face \u00e0 l\u2019\u00e9cran, ne sort plus et demeure bien au chaud dans sa chaumi\u00e8re, tendant \u00e0 la paresse et \u00e0 l\u2019oisivet\u00e9. On pr\u00e9f\u00e8re rester chez soi et m\u00eame les partouzes entre amis ou voisins se font rares. Un nivellement par le bas\u2009! Que dire de nos bons vieux peep-shows qui ont fondu comme neige au soleil.<\/p>\n\n\n\n<p>Croyez-moi, tout cela nous conduit \u00e0 un d\u00e9sastre de soci\u00e9t\u00e9 qui fait la part belle \u00e0 l\u2019onanisme et d\u00e9truit l\u2019\u00e9conomie locale.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce que je regrette nos saines, honorables et bonnes vieilles pratiques d\u2019antan.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon Dieu, quelle \u00e9poque\u2009! Quelles m\u0153urs\u2009!<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nouvelle qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e au Mus\u00e9e du Grand Curtius, le 24 f\u00e9vrier 2022 dans le cadre de la parution d&rsquo;un nouveau num\u00e9ro de la revue Moment avec pour th\u00e8me impos\u00e9 : \u00a0\u00bb O tempora, O mores\u00a0\u00bb ; \u00ab\u00a0Quelle \u00e9poque, quelles m\u0153urs\u2009!\u00a0\u00bb Aux yeux de mes proches, je passe pour un rabat-joie, un vieux con &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/didierjoris.com\/?p=1130\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;La joie de l\u2019attente&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1130","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1130","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1130"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1130\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1148,"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1130\/revisions\/1148"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1130"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1130"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/didierjoris.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1130"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}