{"id":266,"date":"2018-02-28T15:59:39","date_gmt":"2018-02-28T15:59:39","guid":{"rendered":"https:\/\/didierjoris.com\/?p=266"},"modified":"2019-01-16T19:47:07","modified_gmt":"2019-01-16T19:47:07","slug":"in-the-restaurant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/didierjoris.com\/?p=266","title":{"rendered":"In the restaurant"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-113\" src=\"https:\/\/didierjoris.com\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/Charles-Hoofbauer-300x210.jpg\" alt=\"\" width=\"970\" height=\"679\" srcset=\"https:\/\/didierjoris.com\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/Charles-Hoofbauer-300x210.jpg 300w, https:\/\/didierjoris.com\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/Charles-Hoofbauer-768x538.jpg 768w, https:\/\/didierjoris.com\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/Charles-Hoofbauer.jpg 894w\" sizes=\"auto, (max-width: 767px) 89vw, (max-width: 1000px) 54vw, (max-width: 1071px) 543px, 580px\" \/><\/p>\n<div class=\"image-caption\">\n<p class=\"sub2\"><em>Charles Hoffbauer (1875 \u2013 1957) &nbsp; In The restaurant&nbsp; (1905) Mus\u00e9e de l\u2019Ermitage \u00e0 Saint P\u00e9tersbourg<\/em><\/p>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle porte sur moi un regard sensuel et un sourire engageant. Nous connaissons-nous ? J&rsquo;en ai la vague impression. Est-ce durant cette existence ou dans une autre vie ? Je ne m&rsquo;en rappelle et d&rsquo;ailleurs n&rsquo;en ai cure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa main caressant n\u00e9gligemment l\u2019arri\u00e8re de sa chevelure para\u00eet pour une invite. Ses yeux aguicheurs ne sont motiv\u00e9s que par le souhait d&rsquo;accrocher les miens, pour que je la contemple, pour que je marque ma confusion ou un l\u00e9ger sourire complice qui la rassurera sans doute sur sa beaut\u00e9 et tout son \u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle semble \u00eatre ce genre de femme toujours en qu\u00eate de reconnaissance et qui plus tard refusera le poids des ann\u00e9es et l&rsquo;effritement de son pouvoir de s\u00e9duction. Son habit moulant met en valeur son corps, la luisance de sa parure m\u2019offrant de d\u00e9tourner mon regard du sien pour d\u00e9couvrir ses formes. Les hanches surtout qui laissent deviner une d\u00e9marche chaloup\u00e9e pourtant emprisonn\u00e9e dans une parure de sir\u00e8ne. Tout est couvert sauf les \u00e9paules et le cou offert par l&rsquo;\u00e9chancrure de sa robe \u00e0 l\u2019\u00e9toffe chatoyante laissant deviner une peau douce qui aime s&rsquo;offrir \u00e0 l&rsquo;amour, la rose rouge sur son sein droit incitant aux d\u00e9couvertes interdites. Ces atours seront bien vite prot\u00e9g\u00e9s par le ch\u00e2le vaporeux pr\u00e9sent\u00e9 galamment par celui dont je pressens devenir rival.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Homme du monde, il fait montre d\u2019une \u00e9l\u00e9gance bourgeoise, peut-\u00eatre aristocratique, de celui bien n\u00e9 \u00e0 qui rien ne peut r\u00e9sister. Peut-\u00eatre n&rsquo;est-il qu&rsquo;un arriviste, un parvenu, un Rastignac conqu\u00e9rant. Qu&rsquo;importe au fond. Il me jette un regard p\u00e9dant, me jaugeant avec d\u00e9dain, craignant sans doute un nouveau concurrent potentiel. Me toisant ainsi, son cigare entre les dents, il veut m&rsquo;impressionner, gorg\u00e9 de sa suffisance issue d&rsquo;une quelconque fortune offerte par le destin. Mais il redoute ma pr\u00e9sence. Il sait que je suis entr\u00e9 dans la toile du ma\u00eetre et en suis maintenant le prisonnier, que je suis v\u00e9ritablement avec eux dans le restaurant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son souhait est que je ne sois pour lui qu&rsquo;un spectre \u00e9vanescent comme tous ceux qui chaque jour d\u00e9filent en ce lieu mythique&nbsp;; pour elle une \u00e9ventuelle nouvelle chim\u00e8re qui jamais ne verra na\u00eetre une v\u00e9ritable passion. Elle est sa chose, sa possession, son jouet. Peut-\u00eatre en est-il \u00e9perdument amoureux et jaloux. Vraisemblablement a-t-il des doutes sur les sentiments qu&rsquo;elle lui porte. Comprend-il d\u00e9j\u00e0 que je suis conquis ? Pressent-il son jeu de s\u00e9duction \u00e0 mon \u00e9gard, lui qui ne peut voir le regard complice qu&rsquo;elle m&rsquo;adresse ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelque peu mal \u00e0 l&rsquo;aise, je semble m&rsquo;int\u00e9resser aux autres h\u00f4tes pr\u00e9sents dans la salle, les observant \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e, constatant qu&rsquo;eux aussi n&rsquo;ont d&rsquo;yeux que pour ces convives sur le d\u00e9part. Au fond de la pi\u00e8ce, un homme seul les scrute discr\u00e8tement, le regard cach\u00e9 par des petits lampadaires dont les ampoules couvertes par un abat-jour orange contribuent \u00e0 l&rsquo;intimit\u00e9 du moment. Et puis il y a ce couple bien \u00e9tabli, dont les liens doivent conna\u00eetre l&rsquo;usure du temps, tous deux vraisemblablement anim\u00e9 par une forme d&rsquo;envie ou de jalousie. Envie pour lui d&rsquo;\u00eatre accompagn\u00e9 de si charmante fa\u00e7on et jalousie de ne pouvoir \u00eatre chevalier servant de la belle. Envie pour elle d&rsquo;\u00eatre courtis\u00e9e de m\u00eame et jalousie ou plus probablement regret de ne plus pouvoir offrir ce que le temps lui a repris ; flash-back vers un pass\u00e9 si proche o\u00f9 elle aussi jouissait toujours des privil\u00e8ges de la jeunesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais voil\u00e0 que maintenant ce trio para\u00eet me regarder. Je d\u00e9tourne alors les yeux, semblant porter attention au serveur servile, au reste des agapes pr\u00e9sentes sur la desserte \u00e0 ma gauche et aux sept roses blanches tr\u00f4nant sur la table qui eurent le privil\u00e8ge de toutes les confidences. J&rsquo;imagine les propos du repas. Ils parl\u00e8rent sans doute projets, surtout des siens, de ses chers amis, de ses affaires, de sa fortune qu&rsquo;il apporte comme \u00e9l\u00e9ment rassurant pour la p\u00e9rennit\u00e9 de leur relation naissante. Elle sait qu&rsquo;elle sera couverte d&rsquo;or, qu&rsquo;il sera \u00e0 ses pieds mais elle a conscience que ce ne sera que pour un temps car elle a l&rsquo;exp\u00e9rience de ce genre d&rsquo;amour, de ce genre d&rsquo;homme. Peut-\u00eatre est-ce pour cela qu&rsquo;elle veut accrocher mon regard. Peut-\u00eatre pour s&rsquo;offrir la possibilit\u00e9 d&rsquo;un autre avenir car elle sait que je reviendrai, qu&rsquo;\u00e0 chaque visite \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg, j&rsquo;irai la retrouver.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il me tarde d\u00e9j\u00e0 d&rsquo;y \u00eatre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Charles Hoffbauer (1875 \u2013 1957) &nbsp; In The restaurant&nbsp; (1905) Mus\u00e9e de l\u2019Ermitage \u00e0 Saint P\u00e9tersbourg Elle porte sur moi un regard sensuel et un sourire engageant. Nous connaissons-nous ? J&rsquo;en ai la vague impression. Est-ce durant cette existence ou dans une autre vie ? Je ne m&rsquo;en rappelle et d&rsquo;ailleurs n&rsquo;en ai cure. 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