{"id":616,"date":"2019-03-08T13:43:43","date_gmt":"2019-03-08T13:43:43","guid":{"rendered":"https:\/\/didierjoris.com\/?p=616"},"modified":"2019-04-10T05:41:27","modified_gmt":"2019-04-10T05:41:27","slug":"il-va-falloir-que-je-me-bouge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/didierjoris.com\/?p=616","title":{"rendered":"Il va falloir que je me bouge"},"content":{"rendered":"<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"215\" height=\"300\" src=\"https:\/\/didierjoris.com\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/revue-Moments-1-215x300.png\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/didierjoris.com\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/revue-Moments-1-215x300.png 215w, https:\/\/didierjoris.com\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/revue-Moments-1.png 241w\" sizes=\"auto, 100vw\" \/>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\n\t\t<p><\/p>\n<h6><em>Texte pr\u00e9sent\u00e9 au Mus\u00e9e Curtius le 08 mars 2019 dans le cadre de la journ\u00e9e des droits de la femme et du lancement de la revue litt\u00e9raire Moment. Th\u00e9matique de ce premier recueil (ouvrage collectif) : \u00a0\u00bb En 2019, en tant que femme, je me bouge\u00a0\u00bb.<\/em><br \/><\/h6>\n<p><\/p>\n<p>Il va bien falloir que je me bouge. Je suis pourtant si bien dans mon train-train quotidien.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Mais l\u00e0, vraiment, Brigitte m\u2019insupporte.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Depuis que je la fr\u00e9quente, elle ne cesse de se plaindre de son patron, du co\u00fbt de la vie et particuli\u00e8rement des hommes. Tous des salops. Son ex surtout, Jean-Jacques. Je l\u2019ai tr\u00e8s peu connu, quatre mois environ. Un blaireau, un fils de pute selon elle. Je dois toutefois \u00e0 l\u2019honn\u00eatet\u00e9 de dire que souvent c\u2019est Brigitte qui donne le signal. La pauvre, elle a tellement besoin d\u2019\u00eatre rassur\u00e9e sur son pouvoir de s\u00e9duction. Elle ne sait pas rester seule. Aguicher les hommes la perdra, mais elle n\u2019en a cure ni d\u2019ailleurs vraiment conscience. Alors quand son existence part en vrille, elle pr\u00e9f\u00e8re imputer \u00e0 la gent masculine la source de tous ses malheurs et consid\u00e9rer celle-ci avec m\u00e9pris.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Durant ses p\u00e9riodes noires, elle maudit la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re. Elle me r\u00e9p\u00e8te \u00e0 l\u2019envi qu\u2019\u00eatre femme est un combat. \u00ab\u2009Les femmes, vois-tu, n\u2019ont quasi aucun droit sinon celui de se taire et de s\u2019occuper des moutards\u2009\u00bb. Pourtant, moi je trouve si beau et si noble de s\u2019occuper d\u2019eux, de leur \u00e9ducation pour qu\u2019il puisse s\u2019\u00e9panouir dans ce monde qui, malgr\u00e9 tous ses travers, renferme tellement de promesses de bonheur. N\u2019est-ce pas merveilleux d\u2019offrir son corps pour donner la vie, de nourrir de son sein la chair de sa propre chair\u2009?<\/p>\n<p><\/p>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 je pense qu\u2019il y a beaut\u00e9 et joie, Brigitte ne voit que souffrance et injustice. Cette perception du monde viendrait de son enfance. Son p\u00e8re souhaitait, semble-t-il, un gar\u00e7on pour que la lign\u00e9e soit prolong\u00e9e et le nom maintenu. Par d\u00e9pit, il aurait m\u00eame choisi son pr\u00e9nom au hasard, un jour en lisant son journal. Heureusement, j\u2019ai entendu \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision que d\u00e9sormais un enfant peut porter le nom de ses deux parents\u2009; ce n\u2019est que justice.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Depuis que Jean-Jacques est parti, Brigitte a bien du mal \u00e0 joindre les deux bouts et se lamente sur le montant de son salaire qui, \u00e0 responsabilit\u00e9 \u00e9gale, est para\u00eet-il moindre que celui d\u2019un homme. Elle m\u2019a dit ainsi que 89\u00a0% des milliardaires \u00e9taient des hommes. Ces hommes qui font et d\u00e9font le monde, qui guerroient pour plus de pouvoir et d\u2019argent. Ces hommes pour qui le sexe est un exutoire et non un hymne \u00e0 la vie. Ces hommes qui, enclav\u00e9s dans leur univers consum\u00e9riste, saccagent all\u00e8grement air, terre et mer au point de mettre en p\u00e9ril le futur de notre belle plan\u00e8te bleue.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Pour Brigitte, \u00e0 cause d\u2019eux, l\u2019existence n\u2019est que menaces, surtout pour nous, sexe d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 injustement comme faible. C\u2019est une angoiss\u00e9e pathologique qui toujours craint pour l\u2019avenir\u2009; qui a besoin d\u2019\u00eatre aim\u00e9e, d\u00e9sir\u00e9e, mais surtout rassur\u00e9e.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Hier, elle a enfin choisi mon pr\u00e9nom. Il para\u00eet que je m\u2019appelle Prudence.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Il faut vraiment que je me bouge. Il me tarde de sortir de son ventre pour lui apporter ce rayon de soleil que j\u2019ai au fond de mon c\u0153ur et pour faire taire tous ses pr\u00e9jug\u00e9s.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>J\u2019en suis certaine, la vie est belle, m\u00eame et peut-\u00eatre surtout pour nous les femmes.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>e <\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte pr\u00e9sent\u00e9 au Mus\u00e9e Curtius le 08 mars 2019 dans le cadre de la journ\u00e9e des droits de la femme et du lancement de la revue litt\u00e9raire Moment. Th\u00e9matique de ce premier recueil (ouvrage collectif) : \u00a0\u00bb En 2019, en tant que femme, je me bouge\u00a0\u00bb. Il va bien falloir que je me bouge. 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