Tintin est triste

Tintin est triste. Il pleure la mort d’un ami fidèle et de l’un de ses plus fervents défenseurs.

Bob s’en est allé.

Fondateur d’un lieu mythique de la capitale, le Faubourg Saint-Antoine à Schaerbeek, il n’a eu de cesse, durant 33 ans, de partager avec nous son sens de l’amitié, sa succulente cuisine et son amour du célèbre reporter.  

Je l’ai connu à ses débuts, au sein de sa première implantation, alors que je vivais l’aventure d’un studio graphique naissant créé par mon ami Alain Goffin qui m’y invitait souvent.

Chaque fois que l’on passait la porte du Faubourg, l’enchantement demeurait intact. Aller chez Bob, c’était s’imprégner d’une partie de belgitude qui nous rappelait notre enfance, mais aussi nos racines, faites de dérision et de surréalisme.

Avec ses amis illustrateurs et dessinateurs, avec sa riche collection d’objets ouverte à tous, ce tintinophile averti nous faisait découvrir d’autres facettes de notre héros de papier et de ses compagnons, avec parfois des penchants, des désirs et des travers qui les faisaient apparaître plus proches de nous. De joyeuses irrévérences qui déplurent d’ailleurs aux gardiens du culte de Moulinsart, lesquels considéraient l’existence de ce lieu comme une hérésie.

Mais, fort d’un soutien massif, Bob se battra et continuera de nous faire partager sa passion.   

Et nous étions nombreux. Le Faubourg Saint-Antoine, c’était l’auberge « presque espagnole », où se côtoyaient Bruxellois, Wallons et Flamands, mais aussi de nombreux zinnekes du coin. Une auberge à la carte indémodable, parcourue par de petits aimants voyageurs qui fixaient les désirs d’une clientèle fidèle et toujours conquise.

Mais si on venait chez Bob, c’est surtout parce qu’on s’y sentait presque chez soi, avec un accueil à nul autre pareil. C’est avant tout chez un ami que l’on se rendait.

Avenant, joyeux, prévenant, Bob avait l’écoute attentive et les yeux pétillants, empreints d’empathie, qui toujours semblaient dire : « Je t’ai compris ».

Pour moi, Bruxelles ne sera plus tout à fait la même.

Merci Bob.

Le restaurant est toujours présent au n°68 avenue Sleeckx. Bob en avait passé les manettes en raison de la maladie à David Noel de Groof il y a 18 mois.